Textes et textiles – Un poème de Chloée Bichet

Quand vient le soir.

Quand vient le soir et que galope mon désespoir,
Je sors ma plume et mon fidèle grimoire
Je trace mes sygiles par ma magique encre noire,
Mais la nuit n’est guère mon ennemie,
Elle jette mon trouble dans l’oubli,
La plume vole à mon confus esprit,
Toutes mes émotions trop longtemps refoulées,
La soie enveloppe mon corps et ravive mes pensées,
Le trouble par l’étoffe caressante enfin est levé,
Par le stylet et le chanvre tressé je pourfends,
L’Ombre intérieure en moi qui s’étend,
Sous le texte et le textile s’enfuit à l’instant.

Textes et textiles — un poème d’Hugo Garric

Etoffe d’espérance

Parfois le présent nous éveille
Des souvenirs indélébiles
Enfouis dans un si long sommeil
Que nous en devenons fragiles

Tel un tissu que l’on déchire
Meurtris, nous tombons à genoux
Mais nous finissons par guérir
Tel un tissu que l’on recoud

Ici la vie d’un jeune enfant
Et de sa douce et tendre mère
Prisonnier d’un homme, et vivant
Près de Paris, pendant la guerre

Ils ont subi la triste force
D’un nazi fou, d’un aliéné
Une croix gammée sur le torse
Et des mains faites pour frapper

Plusieurs fois vint à eux la mort
Mais sans fin leur foi les sauva
Et contemplant la nuit dehors
La mère à son garçon confia :

« Seul toi pourras réconforter
Mes cauchemars et mes souffrances
Et je retiens à tes côtés
Mes rêves et mes espérances

Mon seul amour, mon seul amour,
Quand je vois les étoiles luire
Je songe et je prie qu’un beau jour
Un homme m’offre son sourire »

Soudain est venu ce héros
Séduit par cette belle femme
Trouvant les paroles, les mots
Ceux qui ont apaisé son âme

Ainsi protégés par l’amour
D’un homme, et la mère et l’enfant
Vécurent en paix pour toujours
Sous l’aile de ce père aimant.

Hugo Garric

Un poème de Chloée Bichet

Oh doux coquillage,
N’en prends pas ombrage,
Mais ton nacre de soie,
Me plonge dans le désarroi.

Sous le croissant lunaire opalescent,
Miroitant, luminescent,
Douce comme une caresse,
Tu appelles à la tendresse.

Pourtant lorsque survient la marée,
Tu laisses mon cœur troublé,
Je garde ton souvenir,
Mais déjà tu te retires.

Doux coquillage de soie,
Ton reflet demeure en moi corruscant,
Les Sirènes au Firmament,
Ont fait de toi leur parure de joie.

Textes et textiles — un texte d’Edouard Rumel

Le piège : dévider la terminologie commune, sinon élimée ( trame, collection, tisser l’intrigue, une histoire cousue de fil blanc… )

Mon père était tailleur. Avec son dé décalotté – dans la profession, le chas est poussé à flanc de phalange, non par le bout du majeur -, il coupait, faufilait, et piquait inlassablement. S’il avait été payé à l’ourlet machine, pigiste en somme du falzar ou du pardoss, il se serait fait un joli matelas. Cela dit les articles qui portaient sa signature lui valaient estime et succès ; à défaut de plume, il avait du style.

Entrer dans son atelier, envahi de piles, parcouru de rayonnages, sur lesquels la belle ouvrage, ici soigneusement pliée, là encore au montage, à peine bâtie ou en cours de finition, entrer dans son atelier, c’était pénétrer dans une librairie.

Certes, pas pour les bibliophiles ou les bibliomanes ; mais pour le lecteur de motifs chevronnés, de cotonnades imprimées, d’une ligne parfaitement maîtrisée. Les essais y étaient nombreux ; je rectifie : les essayages.

Eh bien oui, j’ai grandi dans cette librairie-là, parcourant en diagonale des coupons de draps anglais, de cachemire, d’alpaga, comme les pages d’un récit de voyage ; plongeant dans l’une de ces pièces de pure laine vierge, veinée de rayures tennis, étoffe si finement peignée qu’en saisir les deux sens – « L’envers et l’endroit » – m’était inaccessible ; caressant, d’une main timorée, la jeannette encore brûlante, la pattemouille encore fumante, comme les couvertures d’un grimoire, d’où jaillirait le dragon de la légende avec, dans ses griffes, le fer à vapeur monstrueux de mon père.

Le fringueur n’était pas allé très loin dans les études. C’est le moins qu’on puisse dire : certif. Mais l’homme était un lettré. Et, quitte à provoquer des haussements d’épaule, des rires dans le coin, je n’hésite pas à affirmer que, dans certains domaines – post-romantisme et symbolisme, romans anglo-saxons et américains – il aurait terrassé n’importe quel thésard. Il parlait, lisait et écrivait l’anglais couramment. Traduire est le verbe qui s’impose à mon esprit, lorsque je le revois et, surtout, le réentends, dire Baudelaire et Mallarmé, lire à haute voix la prose originale d’un Faulkner, Fitzgerald ou Hemingway. Rien ne lui était hors de portée et, de son côté, il ne m’interdisait aucune lecture : « Tropique du cancer », « J’irai cracher sur vos tombes », m’ont, littérairement, déniaisé au plus vite.

Charles – tel était son prénom – n’avait donc pas sa langue dans sa poche revolver. Il ne détestait rien tant que le tissu de mensonges, le politicard qui retourne sa veste, le pétochard qui se fait remplacer par une doublure ; par dessus tout, il avait en exécration le Papon de l’intérieur, qui verbalisait avec les ciseaux de la censure.

On aura compris, dès lors, que la presse d’opposition, iconoclaste – celle de gauche ne nous méprenons pas -, correspondait à sa fibre la plus profonde. Est-il besoin de préciser que, jeune homme, c’est-à-dire alors âgé d’une vingtaine d’années, le tailleur au dé décalotté refusa de coudre sur son poitrail une étoile de textile jaune ?

Le trouble, soudain, me chiffonne : ce thème « Textes et textiles », ne joue-t-il pas à proximité de la coquille, et même de la faute de frappe ? Pire, de l’impudeur !

Je m’explique : mon père, jusqu’à la fin, n’a été que textile ; jamais aucun texte ne fut façonné de sa main.

L’humour était son verbe, sa substance. Et le swing sa machine à écrire. Mais c’est le pied de biche de sa Singer qui aura rythmé son passage ici-bas. Emboîtons-lui le pas : cette livraison, à coup sûr, il l’aurait couchée sur papier chiffon. E. Rumel

Textes et textiles — un texte d’Alain Emery

On s’attendait à ce que cet amant ultime, de trente ans son cadet, réclamât sa part de butin mais, après les funérailles – grandioses, comme il se doit –, tandis que les héritiers, plus ou moins descendants, se disputaient les bijoux et les manuscrits de l’écrivaine, il n’exigea rien d’autre que son chiffon.

Et il n’emporta, c’est acté, que ce lambeau d’étoffe – selon la légende découpé dans le drap d’un des lits du plus luxueux palace de la Riviera, et sur lequel, peut-être, subsistait une trace infime de son parfum –, le morceau de soie avec lequel, un demi-siècle durant, comme le duelliste essuie sur sa chemise la lame trempée de sang de son épée, elle avait nettoyé la plume de son vieux stylo d’or et de bakélite.

D’elle, il ne conserva donc que ce carré de tissu, d’une trentaine de centimètres de côté – toute son âme, dirait-il –, constellé d’indéchiffrables éclaboussures et de taches d’une encre aussi noire qu’elle-même était lumineuse : une guenille qu’il prit l’habitude de plier soigneusement avant de la glisser dans la pochette de sa veste avec, aurait-elle sans doute écrit, toute l’élégance du désespoir.

Alain Emery

Textes et textiles — un texte de Marie Miriel

Les mots s’alignent en une lente poésie, prennent leur envol, libres tel le fil qui se détache du t-shirt un soir d’été. On le repère, le répare en un nœud qui, on l’espère, tiendra.

Mais la couture et le coton se chamaillent, le fil se balade dans la brise tandis que les vers s’éternisent et vont au-delà de ce qui est écrit.

Le coton se cantonne à épouser le corps, sent le fil se délier, s’échapper, entrainer à la suite les autres points qui disparaissent dans les virgules d’un sonnet. Le vêtement s’effiloche, redevient pelote quand, dans une dernière rime, un retour sur soi se devine.

M.M.

Présentation de l’association par Sylvaine Chène

« Pour moi, le but de l’association cultures partagées est de permettre à chacun, quelque soit sa culture, sa nationalité, sa situation sociale, ses particularités, sa personnalité, son âge, ses orientations, …. de trouver un espace d’expression artistique.
C’est aussi une manière pour tous les autres de découvrir des modes d’expression artistique et des artistes extraordinaires rarement mis en avant.
C’est une association qui se veut inclusive. »

Sylvaine Chène , présidente de « Autisme ouvrons la bulle »

Culture partagée en Pays de Rance 2020

Lors de l’assemblée générale de février 2020 a été validée la modification des statuts avec la mise en place d’une instance collégiale, votée en assemblée générale extraordinaire le 7 décembre 2019, ainsi que le bilan financier (voir bilan et statuts). Un nouveau bureau a été élu dont les membres, tou.te.s co-président.e.s, sont par ordre alphabétique: Françoise Beau, Boumédienne Benattouche, Chloée Bichet, Sylvie Lorre, Catherine Mayeras, Yvane Simon.

Deuxième Édition: «Textes et Textiles»

Lors des Rencontres 2019 , «Musique , Oiseaux et Plantes», Antoine Ouellette nous avait exposé et fait vivre «le Bonheur d’être soi» au travers de ses œuvres et de ses conférences; sa présence, sa disponibilité ont aussi témoigné de la richesse du partage et du vivre ensemble. Tous les artistes et intervenants ont fait vivre notre objectif: se rencontrer autour d’un objet culturel au delà des différences.

Affiche des Rencontres 2019

Cette année, notre projet était de vous inviter sur le thème «Textes et Textiles», ce qui nous raconte dans notre singularité et ce qui nous relie.

Dans le contexte actuel, l’idée de lien (entre les mots, entre les fils) résonne tout particulièrement dans le cadre du confinement : «faire avec» ce dont on dispose, repriser ou recoudre pour offrir une nouvelle vie à un morceau de tissu, réaliser une autre interprétation de l’histoire ; quand l’écriture est une forme de couture du texte ; quand les mailles du tissu racontent une histoire humaine. Nous avions projeté de vous inviter, à l’automne, à la bibliothèque de Dinan, pour visiter une exposition sur ce thème, partager un temps festif avec musique et lectures dans l’exposition en novembre, avant des «Rencontres» imaginées en mars 2021 avec expositions, ateliers, concerts, parcours artistique dans la ville lors d’un week-end festif.

Compte tenu des difficultés actuelles, de l’inconnu des mesures de restriction des rassemblements, nous devrons différer ces propositions, et nous vous tiendrons au courant des évènements réalisables dans le contexte épidémique contraignant.

D’ores et déjà vous pouvez lire des textes proposés par nos membres et sympathisant.e.s.

À très bientôt sur le site, puis dans la ville.

Bonne reprise à tous.

Un texte de Claude Herviou

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Bord à bord

Le philosophe W. invitait souvent ses amis à voir «une toile», quand les films étaient projetés sur une toile. Il s’asseyait au premier rang.

W., un autre, écrivain mort en 1982 – année de sortie en France de «E.T, l’extraterrestre » – avait écrit qu’il n’avait pas de souvenirs d’enfance.

W est une lettre qui à l’infini s’accorde de son bord au fond transparent de ce qui s’écrit, se raconte.

W se fit une place tardive dans l’alphabet français en entrant par le nord, en guipure, en cette dentelle d’une langue de la mémoire, projetée devant nos yeux d’enfant au bord du temps.

Je me souviens des coiffes en filet de mes grands-mères du Tregor – Eugénie et Pauline – empesées, amidonnées, repassées, dont les pointes appelées barbes flottaient et dessinaient dans le vent un M, s’envolant.

Claude Herviou

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Présentation de l’Association par Chloée Bichet

L’Association Culture Partagée en Pays de Rance se veut la « Bouche des Artistes et des Diversités ». Il s’agit d’un pont vers des horizons alliant ancestralités et novations. Une évasion vers la création, qu’il s’agisse d’une créativité thérapeutique, récréative ou professionnelle. Mais on évoque également la Culture au sens large, qui relate l’Histoire et l’Essence même d’un peuple, d’un groupe, d’une ethnie ou d’une tranche d’âge par exemple. La Culture c’est l’accès à l’autre sous toutes ses formes, sa densité et ses émotions. La Culture c’est également un langage, une gestuelle, une forme d’éloquence, un bagage d’une richesse en perpétuelle évolution tout en conservant sa substance et ses fondements originels. C’est là la beauté de ce paradoxe entre ancien et nouveau de la Culture.

Ainsi, le partage des Cultures devient alors non plus un mélange entre passé, présent et avenir mais aussi un mélange entre les diversités et les différences. Pour que le monde ne se construise pas autour d’une norme unique et arbitraire mais au nom de la rencontre inspirée et bienveillante.